Un frère et une sœur se perdent au fond de la forêt et y découvrent une maisonnette de pain, de gâteau et de sucre. Le conte des frères Grimm sur le courage, l'astuce et la tendresse entre un frère et une sœur, traduit de l'original allemand.
Frères Grimm · 17 min · lu par Hélène
Hansel et Gretel : le texte de l'histoire
Frères Grimm (1857). Traduit de l'original allemand « Hänsel und Gretel ».
À l'orée d'une grande forêt vivait un pauvre bûcheron avec sa femme et ses deux enfants ; le petit garçon s'appelait Hansel et la petite fille Gretel. Il n'avait pas grand-chose à se mettre sous la dent, et un jour, quand une grande famine s'abattit sur le pays, il ne put même plus gagner le pain de chaque jour.
Un soir, comme il se tracassait dans son lit et se tournait et se retournait de souci, il soupira et dit à sa femme : « Qu'allons-nous devenir ? Comment nourrir nos pauvres enfants, puisque nous n'avons même plus rien pour nous-mêmes ? » « Tu sais quoi, mon homme, répondit la femme, demain, à la première heure, nous emmènerons les enfants dans la forêt, là où elle est la plus épaisse. Nous leur allumerons un feu et nous donnerons à chacun encore un petit morceau de pain, puis nous irons à notre travail et nous les laisserons seuls. Ils ne retrouveront pas le chemin de la maison, et nous en serons débarrassés. »
« Non, ma femme, dit l'homme, je ne ferai pas cela. Comment pourrais-je avoir le cœur de laisser mes enfants tout seuls dans la forêt ? Les bêtes sauvages viendraient bientôt les dévorer. » « Pauvre fou, dit-elle, alors nous mourrons de faim tous les quatre, et tu n'as plus qu'à raboter les planches de nos cercueils. » Et elle ne lui laissa pas de repos, tant et si bien qu'il finit par accepter. « Mais j'ai quand même pitié de mes pauvres enfants », dit l'homme.
Les deux enfants, eux non plus, n'avaient pas pu s'endormir tant ils avaient faim, et ils avaient entendu ce que la belle-mère avait dit au père. Gretel pleura à chaudes larmes et dit à Hansel : « Cette fois, c'en est fini de nous. » « Chut, Gretel, dit Hansel, ne te fais pas de chagrin, je vais bien trouver un moyen de nous sauver. » Et quand les parents se furent endormis, il se leva, enfila sa petite veste, ouvrit la porte du bas et se glissa dehors.
La lune brillait de tout son éclat, et les cailloux blancs qui se trouvaient devant la maison étincelaient comme des pièces d'argent. Hansel se pencha et en mit dans la petite poche de sa veste autant qu'elle pouvait en contenir. Puis il rentra et dit à Gretel : « Ne t'inquiète pas, ma petite sœur chérie, et dors tranquille, Dieu ne nous abandonnera pas. » Et il se recoucha dans son lit.
Au point du jour, avant même que le soleil ne soit levé, la femme vint réveiller les deux enfants : « Debout, paresseux ! Nous allons dans la forêt chercher du bois. » Puis elle donna à chacun un petit morceau de pain et dit : « Voilà pour midi, mais ne le mangez pas avant, parce que vous n'aurez rien d'autre. » Gretel mit le pain sous son tablier, puisque Hansel avait les cailloux dans sa poche. Ensuite, ils se mirent tous ensemble en route vers la forêt.
Après avoir marché un petit moment, Hansel s'arrêta et se retourna pour regarder la maison, et il recommença encore et encore. Le père dit : « Hansel, qu'est-ce que tu regardes là, à traîner derrière ? Fais attention et n'oublie pas tes jambes ! » « Oh, papa, dit Hansel, je regarde mon petit chat blanc. Il est assis là-haut sur le toit et il veut me dire au revoir. » La femme dit : « Nigaud, ce n'est pas ton petit chat, c'est le soleil du matin qui brille sur la cheminée. » Mais Hansel n'avait pas regardé son petit chat : chaque fois, il avait jeté sur le chemin un des cailloux brillants de sa poche.
Quand ils furent arrivés au milieu de la forêt, le père dit : « Maintenant, ramassez du bois, les enfants, je vais allumer un feu pour que vous n'ayez pas froid. » Hansel et Gretel rassemblèrent des brindilles, tout un tas, haut comme une petite montagne. On alluma les brindilles, et quand les flammes furent bien hautes, la femme dit : « Maintenant, couchez-vous près du feu, les enfants, et reposez-vous. Nous allons dans la forêt couper du bois. Quand nous aurons fini, nous reviendrons vous chercher. »
Hansel et Gretel restèrent assis près du feu, et quand midi arriva, chacun mangea son petit morceau de pain. Et comme ils entendaient les coups de la hache, ils croyaient que leur père était tout près. Mais ce n'était pas la hache : c'était une branche qu'il avait attachée à un arbre mort et que le vent faisait cogner de-ci, de-là. Ils restèrent assis si longtemps que leurs yeux se fermèrent de fatigue, et ils s'endormirent profondément.
Quand ils se réveillèrent enfin, il faisait déjà nuit noire. Gretel se mit à pleurer et dit : « Comment allons-nous sortir de la forêt maintenant ! » Mais Hansel la consola : « Attends encore un petit moment, que la lune se lève, et nous retrouverons bien le chemin. » Et quand la pleine lune fut montée dans le ciel, Hansel prit sa petite sœur par la main et suivit les cailloux, qui scintillaient comme des pièces toutes neuves et leur montraient le chemin. Ils marchèrent toute la nuit et, au point du jour, ils arrivèrent à la maison de leur père.
Ils frappèrent à la porte, et quand la femme ouvrit et vit que c'étaient Hansel et Gretel, elle dit : « Méchants enfants, pourquoi avez-vous dormi si longtemps dans la forêt ? Nous avons cru que vous ne vouliez plus jamais revenir. » Mais le père se réjouit, car il avait eu le cœur bien lourd de les avoir laissés ainsi tout seuls.
Peu de temps après, la misère revint dans tous les coins, et les enfants entendirent la mère dire au père, une nuit, dans son lit : « Tout est de nouveau mangé. Il nous reste encore la moitié d'une miche de pain, et après, ce sera la fin. Les enfants doivent partir. Nous allons les emmener plus loin dans la forêt, pour qu'ils ne retrouvent plus le chemin. Sinon, rien ne pourra nous sauver. » L'homme eut le cœur bien lourd, et il pensa : « Il vaudrait mieux partager ta dernière bouchée avec tes enfants. » Mais la femme n'écoutait rien de ce qu'il disait ; elle le gronda et lui fit des reproches. Quand on a commencé, il faut continuer : comme il avait cédé la première fois, il dut céder aussi la seconde.
Mais les enfants ne dormaient pas encore et avaient tout entendu. Quand les parents furent endormis, Hansel se leva de nouveau pour aller ramasser des cailloux comme la dernière fois, mais la femme avait fermé la porte à clé, et Hansel ne put pas sortir. Pourtant, il consola sa petite sœur et lui dit : « Ne pleure pas, Gretel, dors tranquille, le bon Dieu nous aidera bien. »
Au petit matin, la femme vint tirer les enfants du lit. Ils reçurent leur petit morceau de pain, mais il était encore plus petit que la dernière fois. Sur le chemin de la forêt, Hansel l'émietta dans sa poche, et il s'arrêtait souvent pour jeter une miette par terre. « Hansel, pourquoi t'arrêtes-tu à regarder derrière toi ? dit le père. Continue ton chemin ! » « Je regarde ma petite colombe, elle est assise sur le toit et elle veut me dire au revoir », répondit Hansel. « Nigaud, dit la femme, ce n'est pas ta petite colombe, c'est le soleil du matin qui brille là-haut sur la cheminée. » Mais Hansel jeta peu à peu toutes les miettes sur le chemin.
La femme emmena les enfants encore plus loin dans la forêt, là où ils n'étaient jamais allés de leur vie. On alluma de nouveau un grand feu, et la mère dit : « Restez bien assis là, les enfants, et si vous êtes fatigués, vous pouvez dormir un peu. Nous allons dans la forêt couper du bois, et ce soir, quand nous aurons fini, nous viendrons vous chercher. » Quand ce fut midi, Gretel partagea son pain avec Hansel, qui avait semé le sien sur le chemin. Puis ils s'endormirent, et le soir passa, mais personne ne vint chercher les pauvres enfants.
Ils ne se réveillèrent qu'en pleine nuit noire, et Hansel consola sa petite sœur en lui disant : « Attends seulement que la lune se lève, Gretel. Alors nous verrons les miettes de pain que j'ai semées, elles nous montreront le chemin de la maison. » Quand la lune fut là, ils se mirent en route, mais ils ne trouvèrent plus une seule miette, car les milliers d'oiseaux qui volent dans les bois et dans les champs les avaient toutes picorées. Hansel dit à Gretel : « Nous trouverons bien le chemin », mais ils ne le trouvèrent pas.
Ils marchèrent toute la nuit, et encore toute une journée du matin jusqu'au soir, mais ils ne sortirent pas de la forêt. Ils avaient terriblement faim, car ils n'avaient rien mangé d'autre que quelques baies qui poussaient par terre. Et comme ils étaient si fatigués que leurs jambes ne voulaient plus les porter, ils se couchèrent sous un arbre et s'endormirent.
C'était déjà le troisième matin depuis qu'ils avaient quitté la maison de leur père. Ils se remirent en marche, mais ils s'enfonçaient toujours plus loin dans la forêt, et si personne ne venait bientôt à leur secours, ils allaient mourir de faim et de fatigue. À midi, ils virent un joli petit oiseau blanc comme neige, posé sur une branche, qui chantait si bien qu'ils s'arrêtèrent pour l'écouter. Et quand il eut fini, il déploya ses ailes et s'envola devant eux, et ils le suivirent jusqu'à une maisonnette, sur le toit de laquelle il se posa.
Et quand ils s'approchèrent tout près, ils virent que la maisonnette était faite de pain et que son toit était en gâteau ; quant aux fenêtres, elles étaient en sucre clair. « Allons-y, dit Hansel, régalons-nous, c'est un repas béni du ciel ! Moi, je vais manger un morceau du toit. Toi, Gretel, tu peux manger de la fenêtre, c'est tout sucré. » Hansel tendit le bras en l'air et cassa un petit bout du toit pour goûter, et Gretel se planta devant les vitres et se mit à les grignoter.
Alors une petite voix fluette cria de l'intérieur : « Grignoti, grignotons, qui grignote ma maison ? » Les enfants répondirent : « C'est le vent, c'est le vent, l'enfant du firmament », et ils continuèrent à manger sans se laisser troubler. Hansel, qui trouvait le toit très bon, en arracha un gros morceau, et Gretel détacha une vitre ronde tout entière, s'assit par terre et s'en régala.
Tout à coup, la porte s'ouvrit, et une femme vieille, vieille comme les pierres, appuyée sur une béquille, sortit tout doucement. Hansel et Gretel eurent si peur qu'ils laissèrent tomber ce qu'ils tenaient dans les mains. Mais la vieille hocha la tête et dit : « Eh bien, mes chers petits, qui vous a amenés jusqu'ici ? Entrez donc et restez chez moi, il ne vous arrivera aucun mal. » Elle les prit tous les deux par la main et les fit entrer dans sa maisonnette. On leur servit un bon repas : du lait et des crêpes au sucre, des pommes et des noix. Ensuite, on prépara deux jolis petits lits aux draps tout blancs, et Hansel et Gretel s'y couchèrent en se croyant au paradis.
Mais la vieille n'avait fait que semblant d'être gentille. En réalité, c'était une méchante sorcière qui guettait les enfants, et elle n'avait construit sa maisonnette de pain que pour les attirer. Quand un enfant tombait entre ses mains, elle le tuait, le faisait cuire et le mangeait, et c'était pour elle un jour de fête. Les sorcières ont les yeux rouges et ne voient pas loin, mais elles ont le flair aussi fin que les bêtes et sentent quand des humains approchent. Lorsque Hansel et Gretel étaient arrivés près de chez elle, elle avait ri méchamment et dit d'un ton moqueur : « Ceux-là, je les tiens, ils ne m'échapperont plus ! »
De bon matin, avant que les enfants ne soient réveillés, elle était déjà debout, et quand elle les vit dormir tous les deux si gentiment, avec leurs bonnes joues rondes et rouges, elle marmonna entre ses dents : « Voilà qui fera un bon morceau. » Elle attrapa Hansel de sa main sèche et maigre, le porta dans une petite étable et l'enferma derrière une porte à barreaux. Il eut beau crier, cela ne servit à rien. Puis elle alla vers Gretel, la secoua pour la réveiller et cria : « Debout, paresseuse ! Va chercher de l'eau et prépare quelque chose de bon pour ton frère. Il est dehors dans l'étable, et il doit engraisser. Quand il sera bien gras, je le mangerai. » Gretel se mit à pleurer amèrement, mais tout fut inutile : elle dut faire ce que la méchante sorcière exigeait.
Désormais, on cuisina pour le pauvre Hansel les meilleurs plats, mais Gretel ne reçut que des carapaces d'écrevisses. Chaque matin, la vieille se glissait jusqu'à la petite étable et criait : « Hansel, sors tes doigts, que je sente si tu seras bientôt gras. » Mais Hansel lui tendait un petit os, et la vieille, qui avait la vue trouble, ne le voyait pas ; elle croyait que c'étaient les doigts de Hansel, et elle s'étonnait qu'il ne veuille pas du tout engraisser.
Au bout de quatre semaines, comme Hansel restait toujours maigre, la vieille fut prise d'impatience et ne voulut plus attendre. « Holà, Gretel, cria-t-elle à la fillette, dépêche-toi d'aller chercher de l'eau ! Que Hansel soit gras ou maigre, demain je le tue et je le fais cuire. » Ah, comme la pauvre petite sœur se lamentait en portant l'eau, et comme les larmes coulaient sur ses joues ! « Bon Dieu, aide-nous donc ! s'écria-t-elle. Si seulement les bêtes sauvages de la forêt nous avaient dévorés, au moins nous serions morts ensemble. » « Garde tes pleurnicheries, dit la vieille, ça ne te servira à rien. »
De bon matin, Gretel dut sortir pour suspendre le chaudron plein d'eau et allumer le feu. « D'abord, nous allons faire le pain, dit la vieille. J'ai déjà chauffé le four et pétri la pâte. » Elle poussa la pauvre Gretel dehors, jusqu'au four d'où sortaient déjà de grandes flammes. « Glisse-toi dedans, dit la sorcière, et regarde s'il est assez chaud pour que nous puissions enfourner le pain. » Et quand Gretel serait dedans, elle voulait refermer le four : Gretel y rôtirait, et ensuite elle la mangerait, elle aussi.
Mais Gretel devina ce qu'elle avait en tête et dit : « Je ne sais pas comment faire. Comment est-ce que je peux entrer là-dedans ? » « Petite dinde, dit la vieille, l'ouverture est bien assez grande. Regarde, je pourrais y entrer moi-même. » Elle s'approcha à quatre pattes et passa la tête dans le four. Alors Gretel lui donna une telle poussée qu'elle bascula tout au fond ; puis elle ferma la porte de fer et poussa le verrou. Gretel s'enfuit en courant, et la méchante sorcière ne sortit plus jamais du four.
Mais Gretel devina ce qu'elle avait en tête et dit : « Je ne sais pas comment faire. Comment est-ce que je peux entrer là-dedans ? » « Petite dinde, dit la vieille, l'ouverture est bien assez grande. Regarde, je pourrais y entrer moi-même. » Elle s'approcha à quatre pattes et passa la tête dans le four. Alors Gretel lui donna une telle poussée qu'elle bascula tout au fond ; puis elle ferma la porte de fer et poussa le verrou. Ouh ! La sorcière se mit à hurler, c'était affreux à entendre. Mais Gretel s'enfuit en courant, et la méchante sorcière brûla misérablement.
Gretel courut tout droit vers Hansel, ouvrit sa petite étable et cria : « Hansel, nous sommes sauvés, la vieille sorcière est morte ! » Alors Hansel bondit dehors comme un oiseau dont on ouvre la cage. Comme ils furent heureux ! Ils se jetèrent au cou l'un de l'autre, sautèrent partout et s'embrassèrent ! Et comme ils n'avaient plus rien à craindre, ils entrèrent dans la maison de la sorcière ; dans tous les coins, il y avait des coffres pleins de perles et de pierres précieuses. « C'est encore mieux que des cailloux ! » dit Hansel, et il en remplit ses poches autant qu'il put. Et Gretel dit : « Moi aussi, je veux rapporter quelque chose à la maison », et elle en remplit son petit tablier.
« Mais maintenant, partons, dit Hansel, pour sortir de la forêt de la sorcière. » Après avoir marché quelques heures, ils arrivèrent au bord d'une grande étendue d'eau. « Nous ne pouvons pas traverser, dit Hansel, je ne vois ni passerelle ni pont. » « Il n'y a pas de barque non plus, répondit Gretel, mais là-bas nage un canard blanc. Si je lui demande, il nous aidera à traverser. » Et elle appela : « Petit canard, petit canard, voici Gretel et Hansel. Ni pont ni passerelle, prends-nous sur ton dos, entre tes blanches ailes. »
Le petit canard s'approcha, et Hansel s'assit sur son dos et demanda à sa petite sœur de s'asseoir près de lui. « Non, répondit Gretel, ce serait trop lourd pour le petit canard. Il nous fera traverser l'un après l'autre. » C'est ce que fit la bonne petite bête, et quand ils furent arrivés sains et saufs de l'autre côté et eurent marché encore un moment, la forêt leur parut de plus en plus familière, de plus en plus familière, et enfin ils aperçurent au loin la maison de leur père.
Alors ils se mirent à courir, se précipitèrent dans la maison et se jetèrent au cou de leur père. L'homme n'avait pas eu une seule heure de bonheur depuis qu'il avait laissé ses enfants dans la forêt ; quant à la femme, elle était morte. Gretel secoua son petit tablier, et les perles et les pierres précieuses sautèrent partout dans la pièce, et Hansel y ajouta, poignée après poignée, ce qu'il tirait de ses poches. Alors tous les soucis prirent fin, et ils vécurent ensemble dans la joie. Mon conte est fini, là-bas court une souris : qui l'attrapera pourra s'en faire un grand, grand bonnet de fourrure.





