Un vieil âne gris quitte le moulin et s'éloigne sur un chemin entre les champs L'âne et le chien rencontrent au bord du chemin un chat à la mine grognonne, assis sur une pierre Un coq rouge chante sur le portail d'une ferme, et l'âne, le chien et le chat l'écoutent La nuit, dans la forêt, le coq perché en haut de l'arbre aperçoit une petite lumière, tandis que l'âne et le chien sont couchés au pied de l'arbre L'âne, le chien, le chat et le coq, montés les uns sur les autres devant la fenêtre éclairée, chantent à tue-tête Un brigand effrayé s'enfuit de la cuisine sombre, le chat crache, le chien aboie et l'âne lui lance un coup de sabot

Les Musiciens de Brême

L'âne se met en route · lu par Hélène
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Un vieil âne, un chien fatigué, un chat grognon et un coq bruyant prennent ensemble la route de Brême pour devenir musiciens de la ville. Un joyeux conte des frères Grimm sur l'amitié et le courage, traduit de l'original allemand.

Frères Grimm · 7 min · lu par Hélène

Les Musiciens de Brême : le texte de l'histoire

Frères Grimm (1857). Traduit de l'original allemand « Die Bremer Stadtmusikanten ».

Un homme avait un âne qui, pendant de longues années, avait porté sans se lasser les sacs au moulin. Mais maintenant, ses forces s'épuisaient, et il était de moins en moins capable de travailler. Alors son maître pensa à se débarrasser de lui pour ne plus avoir à le nourrir. Mais l'âne sentit que le vent tournait mal pour lui, il se sauva et prit la route de Brême. Là-bas, pensait-il, il pourrait bien devenir musicien de la ville.

Quand il eut marché un petit moment, il trouva sur le chemin un chien de chasse couché, qui haletait comme quelqu'un qui a couru à en perdre le souffle. « Eh bien, pourquoi halètes-tu comme ça, Attrape-Tout ? » demanda l'âne. « Ah, dit le chien, comme je suis vieux, que je m'affaiblis de jour en jour et que je ne peux plus suivre à la chasse, mon maître a voulu me tuer. Alors j'ai pris la fuite. Mais maintenant, comment vais-je gagner mon pain ? » « Tu sais quoi ? dit l'âne. Je vais à Brême pour devenir musicien de la ville. Viens avec moi et fais-toi engager dans la musique, toi aussi. Moi, je jouerai du luth, et toi, tu battras les timbales. » Le chien fut d'accord, et ils repartirent ensemble.

Peu de temps après, ils virent un chat assis au bord du chemin, qui avait l'air triste comme un jour de pluie. « Eh bien, qu'est-ce qui ne va pas, vieux Lisse-Moustaches ? » demanda l'âne. « Qui pourrait être gai quand on en veut à sa peau ? répondit le chat. Comme je prends de l'âge, que mes dents s'usent et que j'aime mieux rester assis derrière le poêle à ronronner que courir après les souris, ma maîtresse a voulu me noyer. J'ai bien réussi à me sauver, mais maintenant, je ne sais plus quoi faire. Où aller ? » « Viens avec nous à Brême. Tu t'y connais en sérénades de nuit, tu pourras devenir musicien de la ville. » Le chat trouva l'idée bonne et partit avec eux.

Ensuite, les trois fugitifs passèrent devant une ferme. Sur le portail était perché le coq de la maison, qui criait de toutes ses forces. « Tu cries à nous percer les oreilles, dit l'âne. Qu'est-ce qui te prend ? » « J'ai annoncé le beau temps, dit le coq, parce que c'est le jour de Notre-Dame, le jour où elle a lavé les petites chemises de l'Enfant Jésus et veut les faire sécher. Mais comme des invités viennent demain pour le dimanche, la maîtresse de maison n'a pas de pitié. Elle a dit à la cuisinière qu'elle voulait me manger demain dans la soupe, et ce soir, on va me couper la tête. Alors je crie à plein gosier, tant que je le peux encore. »

« Allons donc, Crête-Rouge, dit l'âne, viens plutôt avec nous, nous allons à Brême. Tu trouveras partout quelque chose de mieux que la mort. Tu as une belle voix, et quand nous ferons de la musique ensemble, ça aura fière allure ! » La proposition plut au coq, et ils repartirent tous les quatre ensemble.

Mais ils ne purent pas atteindre la ville de Brême en un seul jour, et le soir, ils arrivèrent dans une forêt où ils voulurent passer la nuit. L'âne et le chien se couchèrent sous un grand arbre, le chat et le coq s'installèrent dans les branches, mais le coq s'envola jusqu'à la cime, où il était le plus en sécurité. Avant de s'endormir, il regarda encore une fois vers les quatre vents, et il crut voir au loin briller une petite étincelle. Il cria à ses compagnons qu'il devait y avoir une maison pas très loin, car on voyait une lumière.

L'âne dit : « Alors, il faut nous mettre en route et y aller, car ici, le gîte est mauvais. » Le chien pensa que quelques os avec un peu de viande autour lui feraient du bien, à lui aussi. Ils se mirent donc en chemin vers l'endroit où était la lumière. Bientôt, ils la virent briller plus fort, et elle grandissait de plus en plus, jusqu'au moment où ils arrivèrent devant une maison de brigands tout illuminée. L'âne, qui était le plus grand, s'approcha de la fenêtre et regarda à l'intérieur.

« Que vois-tu, Grison ? » demanda le coq. « Ce que je vois ? répondit l'âne. Une table servie, avec de bonnes choses à manger et à boire, et des brigands assis autour qui se régalent. » « Ça, ce serait quelque chose pour nous ! » dit le coq. « Oui, oui ! Ah, si seulement nous étions là-dedans ! » dit l'âne.

Alors les animaux tinrent conseil pour savoir comment s'y prendre pour chasser les brigands, et ils finirent par trouver un moyen. L'âne devait poser ses pattes de devant sur le rebord de la fenêtre, le chien sauter sur le dos de l'âne, le chat grimper sur le chien, et pour finir, le coq s'envoler et se percher sur la tête du chat. Quand ce fut fait, à un signal, ils commencèrent tous ensemble leur musique. L'âne se mit à braire, le chien à aboyer, le chat à miauler et le coq à chanter. Puis ils se précipitèrent par la fenêtre dans la pièce, dans un grand fracas de vitres.

À ces cris épouvantables, les brigands sursautèrent. Ils crurent qu'un fantôme entrait, et ils s'enfuirent dans la forêt, morts de peur. Alors les quatre compagnons s'assirent à table, se contentèrent de ce qui restait et mangèrent comme s'ils allaient jeûner pendant quatre semaines.

Quand les quatre musiciens eurent fini, ils éteignirent la lumière et se cherchèrent un endroit pour dormir, chacun selon sa nature et ses habitudes. L'âne se coucha sur le tas de fumier, le chien derrière la porte, le chat dans l'âtre, près de la cendre chaude, et le coq se percha sur une poutre du toit. Et comme ils étaient fatigués de leur long voyage, ils s'endormirent bien vite.

Quand minuit fut passé et que les brigands virent de loin qu'aucune lumière ne brillait plus dans la maison et que tout semblait calme, le chef dit : « Nous n'aurions pas dû nous laisser effrayer comme ça. » Et il ordonna à l'un d'eux d'aller inspecter la maison. Le brigand trouva tout silencieux et alla à la cuisine pour allumer une chandelle. Il prit les yeux brillants et flamboyants du chat pour des braises et il en approcha une allumette pour qu'elle prenne feu.

Mais le chat ne plaisantait pas. Il lui sauta au visage, cracha et griffa. Le brigand eut une peur terrible et courut vers la porte de derrière pour s'enfuir, mais le chien, qui était couché là, bondit et le mordit à la jambe. Et quand il traversa la cour en passant devant le tas de fumier, l'âne lui donna encore un bon coup de sabot de derrière. Quant au coq, que le vacarme avait réveillé et qui était maintenant tout guilleret, il cria du haut de sa poutre : « Cocorico ! »

Alors le brigand courut à toutes jambes retrouver son chef et lui dit : « Ah, dans la maison, il y a une horrible sorcière qui m'a soufflé dessus et qui m'a griffé le visage avec ses longs doigts. Devant la porte, il y a un homme avec un couteau, qui m'a piqué la jambe. Dans la cour, il y a un monstre noir qui m'a frappé avec une massue en bois. Et en haut, sur le toit, il y avait le juge, qui criait qu'on lui amène ce coquin ! Alors j'ai filé sans demander mon reste. »

Depuis ce jour, les brigands n'osèrent plus retourner dans la maison. Mais les quatre musiciens de Brême s'y trouvèrent si bien qu'ils ne voulurent plus en partir. Et celui qui a raconté cette histoire le dernier en a encore la bouche toute chaude.